Comment le commerce équitable supporte l’émancipation des femmes dans l’industrie de la mode

Deux agricultrices de la coopérative Chetna Organic, en Inde, dans un champ de coton biologique et équitable.

L’histoire de l’industrie de la mode repose sur des siècles d’exploitation humaine et environnementale. De la culture du coton, historiquement marquée par le travail d’esclaves, aux ateliers de confection, véritables ateliers de misère, des femmes et des jeunes filles effectuent d’interminables heures de travail, à une cadence infernale et dans des conditions souvent insalubres, le tout pour de maigres salaires, la plupart du temps inférieurs au minimum vital.

L’effondrement du Rana Paza, une immense usine textile située à Dacca, la capitale du Bangladesh, survenu le 23 avril 2013, emporta avec lui les vies de plus de 1100 travailleuses et travailleurs exploités par l’industrie de la “fast fashion” (mode jetable). Cet événement a durement rappelé aux sociétés occidentales leur responsabilité dans cette effroyable réalité, éveillant les consciences des consommateurs et des décideurs et donnant naissance au mouvement Fashion Revolution pour plus de transparence et d’éthique dans l’industrie de la mode.

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, j’aimerais souligner l’apport du commerce équitable et les progrès qu’il permet d’accomplir pour la défense des droits des travailleuses et des agricultrices.

Des normes pour lutter contre les discriminations

Les normes internationales de la certification de commerce équitable Fairtrade favorisent l’autonomisation des agricultrices et des travailleuses des pays en développement. Elles couvrent un éventail de domaines, allant des conditions de travail et la protection de l’environnement, à la gestion démocratique des coopératives et la liberté d’association pour les travailleuses et travailleurs.

Ces normes contiennent des dispositions spécifiques pour lutter contre les discriminations et réduire les inégalités entre les femmes et les hommes. Les organisations certifiées Fairtrade doivent aussi respecter des règles contre le harcèlement sexuel,  l’intimidation et les abus. De plus, en exigeant des processus décisionnels démocratiques et égalitaires, le système de certification équitable permet aux femmes d’avoir leur mot à dire dans la gouvernance de leurs communautés et la gestion de leurs milieux de travail.

Développer le leadership féminin par la formation

Pour chaque produit certifié Fairtrade que vous achetez, un petit pourcentage est reversé aux organisations membres du système Fairtrade qui accompagnent les producteurs à travers des services de conseils et de la formation.

Parmi les formations offertes, des programmes spécifiques destinés aux femmes leur permet d’acquérir des compétences en affaires et de développer leur leadership. Une formation pratique dans des compétences telles que la finance, la négociation et la prise de décision leur permet ensuite d’occuper des postes de gestion et de participer activement à la prise de décisions dans leurs communautés.

Des formations s’adressent également aux hommes, les aidant à lutter contre les comportements discriminatoires et à promouvoir la valeur de l’égalité des sexes dans leurs communautés.

Deux femmes fabriquent des chaussures équitables Etiko dans un atelier de Talon Sports, à Sialkot au Nord du Pakistan.

De meilleures conditions de travail et de rémunération pour les femmes

Le commerce équitable permet d’offrir aux productrices de coton certifié Fairtrade et aux travailleuses de l’industrie du textile de meilleures conditions de travail et de rémunération.

En s’appuyant sur les normes de l’Organisation Internationale du Travail, la certification équitable permet de garantir le respect de certains droits essentiels, tels que le droit aux congés de maternité, à des horaires de travail décents, le respect de normes de santé et de sécurité au travail afin de réduire les accidents de travail et les maladies professionnelles qui touchent plus sévèrement les femmes, et des salaires décents pour les travailleuses.

Les normes du commerce équitable garantissent un prix minimum, établi d’avance et supérieur aux prix du marché, qui permet d’assurer des coûts de production viables et une juste rémunération pour le travail des petits producteurs de coton. Elles assurent également le paiement d’un salaire minimum aux travailleuses et travailleurs, qui ne peut être inférieur au minimum légal du pays.

Le nouveau standard Textiles Fairtrade va même plus loin en s’appuyant sur la notion de revenu vital, un salaire qui doit permettre de couvrir les besoins essentiels des individus et qui va généralement au-delà du minimum légal. L’usine Purecotz, qui fabrique les produits de la marque MELAWEAR en Inde, est d’ailleurs la toute première au monde à avoir obtenu la certification sous la nouvelle norme Textile Fairtrade.

De plus, ces normes permettent de lutter contre l’exploitation des femmes et des filles. En s’assurant du respect de l’âge légal minimum pour travailler, les organisations certifiées Fairtrade luttent activement contre le travail des enfants. Les jeunes filles ne sont ainsi plus forcées à travailler et peuvent aller à l’école pour préparer leur avenir et celui de leur communauté.

Une plus grande autonomie pour les femmes grâce au développement social des communautés

Grâce à de meilleurs revenus, et à la prime équitable versée en plus du prix minimum garanti, les organisations de producteurs financent des programmes communautaires qui favorisent le développement social des communautés. Ces programmes sociaux bénéficient plus particulièrement aux femmes et aux filles qui sont souvent les premières à devoir pallier l’absence de services collectifs.

Qu’il s’agisse de l’accès à l’eau potable, alors que la tâche d’aller chercher de l’eau pour la famille incombe souvent aux jeunes filles lorsque, aux soins de santé qui ne souvent pas couverts par la collectivité en l’absence d’un État providence fort, ou à l’éducation dont les jeunes filles sont encore trop souvent exclues dans les pays en développement, l’investissement social dans les communautés crée des conditions favorables à l’émancipation des femmes et des filles.

En outre, le micro-crédit permet d’investir dans des initiatives portées par des femmes. Il leur offre la possibilité d’obtenir une source de revenus autonomes. Cela est rendu possible grâce au paiement d’avance d’une partie de la récolte par les acheteurs, mais aussi à l’investissement de la prime équitable versée à la communauté. On voit ainsi se développer de nouvelles micro-entreprises qui permettent aux femmes de s’émanciper, une diversification de l’économie locale et l’offre de nouveaux services à la collectivité. Agriculture nourricière, épicerie solidaire ou encore coopérative de couturières sont autant d’exemples d’initiatives de femmes financées grâce au commerce équitable.

Vous pouvez faire la différence

Alors que les magasins de “fast fashion” vendent des t-shirts avec des slogans féministes produits en exploitant des femmes et des jeunes filles dans des pays en développement, vous avez le pouvoir de changer les choses! En faisant le choix de voter avec votre portefeuille, vous ferez une réelle différence positive dans la vie de milliers de femmes qui dépendent de l’industrie de la mode pour vivre.

 

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